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Signal ou bruit : ce que les conseillers en gestion de portefeuille surveillent réellement

Rédigé par L'équipe Investisseur Inspiré

Publié le 10 juin 2026

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Le contexte actuel des marchés est caractérisé par une inflation persistante, des taux d’intérêt plus élevés, un risque géopolitique en hausse et une volatilité accrue. Face à l’abondance de l’information financière disponible aujourd’hui, les investisseurs peuvent se sentir dépassés, surtout devant des marchés qui semblent houleux. Mais pour ceux qui se concentrent sur les gains à long terme, certaines mesures et certains indicateurs peuvent aider à distinguer les signaux importants du bruit à court terme, ainsi que fournir un cadre pour composer avec l’incertitude.

Todd Graham, premier conseiller en gestion de portefeuille à RBC Investi-Clic, a géré de l’argent pendant deux des événements de marché les plus importants de l’histoire moderne : la crise financière de 2008 et l’effondrement causé par la pandémie de COVID-19 en mars 2020. Nous nous sommes entretenus avec M. Graham sur la façon dont il interprète les signaux du marché et sur la posture que les investisseurs peuvent adopter face aux replis.

Q1 : Quelles sont les trois principales mesures que vous vérifiez le matin?

Afin d’évaluer les conditions du marché pour une perspective au quotidien : l’indice VIX, l’augmentation/la baisse ou l’ampleur, ainsi que les taux obligataires et la courbe. Les taux obligataires et l’accentuation ou l’inversion de la courbe des taux indiquent s’il existe des craintes à l’égard de l’inflation. Autre indicateur : l’indice des actions les plus vendues à découvert de Goldman Sachs. Ensemble, ces deux indicateurs indiquent si les conditions sont favorables à la prise de risques. Des marchés faibles peuvent offrir l’occasion d’acheter si vous voulez étoffer vos placements ou de vendre si vous voulez réduire vos placements en période de vigueur; vous êtes payé pour fournir de la liquidité au marché. Le risque, c’est de faire face à un revirement, signe que l’on a pris un bruit aléatoire pour une tendance de marché.

M. Graham explique qu’il s’appuie sur l’indice VIX, qui « mesure les attentes du marché à l’égard d’une volatilité prospective sur 30 jours pour l’indice S&P 500 ».

Q2 : Comment votre approche a-t-elle évolué dans le cadre de la récente volatilité des marchés?

Le régime de marché a évolué, surtout depuis la COVID-19 et le début du deuxième mandat de Donald Trump. L’ancien régime de marché était caractérisé par des taux d’intérêt en baisse et l’assouplissement des restrictions commerciales. Le nouveau régime présente des risques géopolitiques et d’inflation plus élevés : l’Ukraine, le Moyen-Orient, l’énergie, l’alimentation, les engrais, l’abordabilité des logements et l’économie en forme de K.

Le bruit est davantage présent. Le risque est de perdre de vue ses objectifs à moyen et à long terme ainsi que sa tolérance au risque, et d’être perturbé par le volume du bruit. Par exemple, des indicateurs négatifs auraient incité de nombreux investisseurs à réduire considérablement le risque en mars et en avril 2025 en raison du [prétendu] « jour de la libération » de M. Trump, mais cela aurait coûté très cher, compte tenu de la forte reprise qui a suivi. Il est important de faire la distinction entre les indicateurs décalés, les indicateurs coïncidents et les indicateurs prospectifs. Les plus précieux sont les derniers, et ils sont bien plus rares.

Q3 : Compte tenu de la quantité de données financières disponibles, comment faites-vous la distinction entre le signal et le bruit?

Les marchés se négocient en fonction d’événements à court terme, de l’actualité et des gazouillis. Ces éléments ont tendance à avoir de l’importance pour le rendement et la négociation à court terme, mais plus votre horizon de placement est long (ou plus il s’écoule de temps), moins ils sont pertinents. Il existe des moyens d’éviter les réactions émotionnelles lors de la négociation ou l’investissement. Par exemple, suivre une approche fondée sur des règles.

Les indicateurs suivants se sont révélés très mauvais en ce qui concerne le rendement à court terme, mais excellents pour ce qui est des prévisions de rendement à moyen et à long terme : le ratio C/B CAPE-Shiller et le ratio capitalisation boursière totale/PIB des États-Unis. Les rendements sur des périodes mobiles de 10 ans sont également un bon indicateur des rendements potentiels prospectifs à long terme. Lorsque le marché atteint un sommet, les rendements prévisionnels sont généralement inférieurs à la moyenne, et vice versa.

Q4 : Quelle est la mesure sous-estimée que les investisseurs pourraient manquer?

Le marché obligataire excelle dans la détection du risque. Ce sont souvent les marchés obligataires qui sont les premiers à repérer des difficultés.

Les indicateurs à souligner sont les swaps sur défaillance de crédit, les écarts de taux et l’enquête menée auprès des agents de prêts principaux (SLOOS). Lorsque les banques réduisent leurs activités de prêts, elles indiquent que l’économie va ralentir. Si les conditions financières s’affaiblissent, les bénéfices des sociétés s’affaibliront également. Et dans ce cas, les marchés boursiers pourraient être en difficulté.

La dette sur marge est un autre indicateur sous-estimé. L’effet de levier est presque toujours le facteur responsable d’une crise majeure des marchés. Il en existe de nombreux exemples historiques, comme le krach de 1929 ou l’excès de dette sur marge observé sur les marchés chinois en 2015.

Q5 : Peut-on trop s’appuyer sur les mesures et indicateurs?

Oui. Le meilleur exemple est la crise financière de 2008. Un trop grand nombre de titulaires de doctorat au sein d’un service de gestion des risques chez un gestionnaire de portefeuille institutionnel s’appuyaient beaucoup trop sur l’approche universitaire de l’utilisation de mesures quantitatives, comme la VAR, ou valeur à risque.

Pendant la crise financière, les indicateurs de risque montraient que le niveau de risque était acceptable et que l’on était en sécurité. Puis, tout à coup, la crise financière frappe, les banques commencent à faire faillite, et la protection était loin d’être aussi solide qu’on le pensait. Les indicateurs avaient donné un faux sentiment de sécurité.

La VAR part du principe que la distribution est normale, de sorte que, lorsqu’on traverse des périodes comme la crise financière de 2008 et 2009, le VAR a tendance à faire défaut, car les marchés évoluent trop rapidement par rapport aux données historiques. Lorsque vous en avez le plus besoin, du point de vue de la gestion du risque, cela ne marche plus. Tout s’effondre.

Q6 : Quel est le moment le plus effrayant que vous avez vécu sur le marché et qu’avez-vous appris?

Difficile de dire s’il s’agit de la crise financière de 2008 ou la pandémie de COVID-19 en mars 2020. Ces deux événements se sont produits très rapidement et ont présenté des risques très dangereux sur le plan systémique.

Nous avons l’obligation fiduciaire de nous assurer de communiquer aux clients les questions qui accordent la priorité à la gestion du risque dans leurs comptes.

Quelle que soit la tolérance au risque que l’on pense avoir en période normale, elle ne reflète pas fidèlement la véritable tolérance au risque tant qu’un événement de ce type ne se produit pas.

Q7 : Comment les investisseurs peuvent-ils survivre à des replis?

En cas de niveau de risque excessif ou si vous disposez de marge et que vous avez un portefeuille concentré, il n’y a pas grand-chose à faire à part réduire l’exposition au risque. Et le problème est qu’une fois qu’un [repli] se produira, vous n’aurez probablement pas le capital ou les ressources pour investir dans la reprise.

Les personnes qui peuvent encore avoir des capitaux et des ressources pour conserver leurs placements pourraient être en mesure de profiter de la reprise, car le marché rebondit presque toujours. L’indice S&P a chuté de 37 % pour l’année civile en 2008 et de 57 % entre son plus haut et son plus bas. Mais l’année d’après, il y a eu une reprise. Par le passé, cela a presque toujours été le cas.

Q8 : Lorsque vous lisez des nouvelles sur les marchés ou des commentaires sur les médias sociaux, comment identifiez-vous un signal d’alarme?

Tellement de gens se sont présentés comme des experts dans les publications sur les médias sociaux. C’est exactement ce qui s’est produit avec les actions-mèmes sur Reddit. Certains s’y rendent et orchestrent des liquidations forcées des positions à découvert. Ils tentent souvent de manipuler les cours boursiers. Les données fondamentales ne sont plus pertinentes. Ils tentent simplement d’augmenter les cours des actions pour pouvoir en tirer profit, puis s’en débarrasser.

Il n’y a rien de nouveau à cela. Les stratagèmes de type « gonflage et largage » existaient déjà dans les années 1920, avant que le marché boursier ne s’effondre en 1929. Des groupes de gens font monter les actions et manipulent leurs cours de façons qui n’ont rien à avoir avec leurs paramètres fondamentaux. Cette situation existe depuis toujours. La seule nouveauté, c’est la technologie, comme les médias sociaux et l’IA. Tout est plus rapide et la technologie est plus impliquée.

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