Question clé : Le ratio C/B est-il une mesure fiable pour les investisseurs d’aujourd’hui?
Rédigé par L'équipe Investisseur Inspiré
Publié le 12 août 2026
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Depuis l’aube des placements, les investisseurs utilisent les ratios cours-bénéfice (C/B) comme mesure clé pour déterminer si les marchés boursiers et les sociétés individuelles sont sous-évalués ou surévalués.
Ce ratio est souvent un excellent point de départ pour décider si un placement vaut la peine d’être examiné. Si une action se négocie à un ratio inférieur à celui de l’ensemble du marché, aux actions similaires ou à son rendement passé, cela pourrait signifier que son cours boursier présente une marge de croissance. Un ratio plus élevé pourrait être perçu comme un signe que la société est surévaluée (ou trop chère) et que son cours pourrait chuter brutalement si elle ne parvenait pas à atteindre les prévisions des résultats ou si d’autres mauvaises nouvelles venaient à être annoncées.
Récemment, certains experts ont remis en question la pertinence du ratio C/B. Pourquoi? En partie parce que plusieurs sociétés technologiques ont des ratios C/B élevés, ce qui peut compliquer la détermination de leur valeur réelle. Le marché dans son ensemble se négocie également à des ratios plus élevés que par le passé, mais sa valeur continue de grimper. Nous tentons ici de répondre à la grande question : Qu’est-ce que le ratio C/B, et est-il encore important?
Qu’est-ce que le ratio C/B?
Voyons d’abord en quoi consiste le ratio cours/bénéfice (C/B) et ce qu’il nous indique. En termes simples, le ratio C/B est une mesure de valorisation qui compare le cours de l’action d’une société à ses bénéfices. Le ratio C/B est calculé en divisant le cours actuel de l’action d’une société par son bénéfice par action (BPA). Par exemple, si une action se négocie à 60 $ et que la société a réalisé un bénéfice de 5 $ par action au cours des 12 derniers mois, son ratio C/B est de 12 (60 $ ÷ 5 $). Autrement dit, les investisseurs paient 12 $ pour chaque dollar des bénéfices annuels de la société. Vous pouvez également utiliser la même mesure pour évaluer un marché entier, comme l’indice S&P 500.
À lui seul, ce chiffre ne dit pas grand-chose, mais il peut être utile lorsque vous le comparez à d’autres sociétés ou marchés. Si l’action de cette société se négocie à un ratio C/B de 12, mais que les actions similaires se négocient à un ratio C/B de 10, on pourrait alors considérer que la société est surévaluée. Si le marché sur lequel l’action se négocie à un ratio C/B de 20, on pourrait en déduire que l’entreprise est moins chère que l’ensemble du marché.
Si l’action de cette même société se négocie à un ratio C/B de 12, mais qu’elle se négocie habituellement à un ratio C/B de 15, on pourrait dire qu’elle est sous-évaluée par rapport à ses niveaux historiques.
Le ratio C/B s’applique différemment selon le type de société. Les banques bien établies, les services publics et les biens de consommation de base affichent souvent des fourchettes de ratio C/B plutôt stables, tandis que les sociétés technologiques à forte croissance peuvent se négocier à des ratios beaucoup plus élevés parce que les investisseurs évaluent la croissance future plutôt que les bénéfices actuels.
Alors, qu’est-ce qui influence les ratios C/B?
Il peut y avoir de nombreuses raisons pour lesquelles un ratio C/B fluctue au fil du temps. Les taux d’intérêt, l’inflation, la croissance économique, la confiance des investisseurs et leurs attentes à l’égard des bénéfices futurs sont autant de facteurs susceptibles d’influencer le prix que les investisseurs sont prêts à payer pour une action. Par exemple, lorsque les taux d’intérêt sont bas, les investisseurs pourraient payer des ratios C/B plus élevés, car d’autres placements, comme les obligations, offrent des rendements plus faibles. À l’inverse, lorsque les taux d’intérêt augmentent, la valorisation des actions pourrait subir des pressions, car les bénéfices des sociétés sont comprimés par la hausse des coûts d’emprunt, tandis que les obligations produisent des rendements plus élevés.
Il est également important de savoir qu’il existe deux types de ratios C/B : le ratio C/B actuel et le ratio C/B prévisionnel. Le ratio C/B actuel est fondé sur les bénéfices des 12 derniers mois. Comme ce ratio est fondé sur les bénéfices réels déclarés, il reflète ce que la société a déjà réalisé. Le ratio C/B prévisionnel utilise les prévisions des résultats des analystes pour les 12 prochains mois. Les investisseurs ont ainsi une idée du coût d’une société en fonction de son rendement futur prévu plutôt qu’en fonction de ses résultats passés.
Les ratios C/B sont-ils utiles aujourd’hui?
Au cours des dernières années, l’efficacité du ratio C/B a été remise en question, car de plus en plus de titres technologiques prometteurs – dont beaucoup ont un ratio C/B élevé ou aucun ratio C/B – ont commencé à se négocier sur le marché. SpaceX, par exemple, n’a pas de ratio C/B, car la société n’est pas encore rentable – et il faut connaître les bénéfices pour calculer un ratio C/B. La mesure ne s’applique donc pas dans ce cas. Shopify, en revanche, est un exemple de société qui peut être considérée comme ayant un ratio C/B élevé. Au 10 août 2026, son ratio C/B était d’environ 1041. Bien qu’il soit inférieur à son sommet de 779 en 2023, il est nettement supérieur à l’ensemble du marché boursier. (En général, de nombreux titres technologiques ont des ratios plus élevés – et une volatilité plus élevée – que l’ensemble du marché, car les investisseurs s’attendent à ce que leurs bénéfices augmentent plus rapidement.)
Quant à l’indice S&P 500, il se négocie à un niveau supérieur à ses moyennes historiques – à environ 25 aujourd’hui comparativement à la moyenne mobile sur 10 ans de 20,37 – et pourrait continuer à progresser si les bénéfices continuent d’augmenter2.
Certains économistes soutiennent maintenant que le ratio C/B présente des limites. Par exemple, selon un récent article de la Fed Bank of Minneapolis3, les valorisations pourraient être mieux comprises au moyen du ratio cours/flux de trésorerie disponibles (C/VC), qui mesure les liquidités qu’une société génère après avoir financé ses activités d’exploitation et ses dépenses en immobilisations. Même cette mesure pourrait être remise en question, car les géants technologiques dépensent plus pour construire des infrastructures d’IA4. Les auteurs soulignent que le marché boursier américain pourrait être moins surévalué que ne le laissent entendre les mesures traditionnelles du ratio C/B, car les dépenses en immobilisations sont demeurées relativement modestes au cours des dernières décennies, permettant de remettre une plus grande partie des liquidités aux actionnaires des sociétés.
Qu’est-ce que tout cela signifie pour vous?
Aucune mesure de valorisation, pas même le ratio C/B, ne permet à elle seule de dresser un portrait complet d’une société. Ce ratio est souvent utilisé pour aider les investisseurs à déterminer si une société pourrait être surévaluée ou sous-évaluée. Si l’action d’une société se négocie bien au-dessus du marché, est-ce parce que la société présente des perspectives de croissance importantes qu’elle est raisonnablement en mesure de concrétiser? Si la réponse est oui, un ratio C/B élevé peut être justifié. Si la réponse est non, cela pourrait présager des difficultés à venir. Par exemple, si les bénéfices s’effondrent, mais que le cours de l’action demeure inchangé, son ratio C/B augmentera. Il en va de même pour un ratio C/B faible : Si l’action d’une société se négocie à un cours inférieur à celui d’actions similaires ou à sa moyenne historique, est-ce parce que quelque chose a effrayé les investisseurs, alors que ses perspectives demeurent prometteuses? Ou est-ce que la société éprouve une difficulté et que son ratio C/B est faible parce que la demande est faible?
Pour répondre à ces questions, vous devrez examiner d’autres mesures financières, comme les ratios d’endettement, les revenus récurrents et la marge bénéficiaire nette, entre autres, tout en lisant les communiqués de presse et les déclarations des dirigeants pour avoir une idée de l’orientation de la société.
En fin de compte, le ratio C/B n’est pas obsolète; il s’agit simplement d’un outil parmi tant d’autres : il peut aider à repérer des occasions, à soulever des points sensibles et à fournir un contexte précieux, mais il ne donne pas une image complète de la situation. Même sur le marché actuel, où les valorisations demeurent élevées par rapport aux moyennes historiques, le ratio C/B a toujours sa place. L’important n’est pas de savoir si le chiffre est élevé ou faible, mais de comprendre pourquoi il se situe à ce niveau.
- Macrotrends, « Shopify PE Ratio 2013-2026 » (en anglais seulement), « Ratio C/B 2013-2026 de Shopify » (tradution libre), consultation en août 2026
- World PE Ratio, « S&P 500 Index: current P/E Ratio » (en anglais seulement), « Indice S&P 500 : ratio C/B actuel » (traduction libre), consultation en août 2026
- Federal Reserve Bank of Minneapolis, Research Division, « A Macroeconomic Perspective on Stock Market Valuation Ratios » (en anglais seulement), « Une perspective macroéconomique sur les ratios d’évaluation des marchés boursiers » (traduction libre), janvier 2026
- Yahoo Finance, « The AI spending boom is hitting a key Wall Street metric: Chart of the Day » (en anglais seulement), « Le boom des dépenses en IA frappe une mesure clé de Wall Street : Graphique du jour » (traduction libre), août 2026
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