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Pourquoi les marchés ne réagissent-ils pas aux nouvelles sur les droits de douane?

Rédigé par L'équipe Investisseur Inspiré

Publié le 3 septembre 2026

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Dans la soirée du vendredi 21 août, on a appris que les négociations visant à empêcher l’imposition de nouveaux droits de douane américains sur des biens canadiens d’une valeur de 27,6 G$ CA1 avaient avorté. Certains investisseurs étaient certainement inquiets cette fin de semaine que les marchés baissent à la reprise de la négociation lundi matin. L’indice composé S&P/TSX a plutôt terminé en territoire positif lundi, progressant de 0,39 %.

Étant donné que les marchés affectionnent rarement l’incertitude et que la situation ne peut être plus incertaine depuis que le premier ministre Mark Carney a déclaré que le pays était « en guerre » contre les États-Unis, il serait surprenant que les investisseurs fassent largement fi des récentes évolutions commerciales qui comprennent des droits de douane de 50 % sur des biens canadiens évalués à plusieurs milliards de dollars et des contre-mesures au dollar près contre les États-Unis.

Mais Eric Savoie, premier stratégiste des placements à RBC Gestion mondiale d’actifs, n’est pas de cet avis. Selon lui, les marchés en général ont semblé prendre la nouvelle concernant les droits de douane sans broncher, en partie parce que les investisseurs se sont habitués à l’annonce de droits de douane élevés, puis à la réduction ou à l’élimination des droits de douane après certaines négociations entre les pays2. « Nous avons vu cette tendance au cours de la dernière année, précise-t-il. Je pense que c’est peut-être pourquoi le marché boursier n’est pas si préoccupé par la situation. »

Insensible à l’actualité

Depuis le 3 avril 2025, soit le lendemain du « Jour de la libération », comme l’a appelé le président Donald Trump, alors que les États-Unis ont annoncé des droits de douane généralisés de 10 % sur les importations de biens étrangers ainsi que d’autres mesures ciblées, y compris des droits de douane de 25 % sur les automobiles fabriquées au Canada3, les marchés ont réagi généralement calmement à la valse-hésitation concernant les nouvelles sur les droits de douane en provenance des États-Unis.

À l’époque, l’indice S&P 5004 et l’indice composé S&P/TSX5 avaient tous deux enregistré leur plus forte baisse depuis le début de la pandémie en 2020. Le 1er juillet 2026, lorsque les États-Unis ont choisi de ne pas prolonger l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), déclenchant plutôt des examens annuels de l’ACEUM, les marchés n’ont pratiquement pas réagi6.

Selon M. Savoie, une des raisons pour lesquelles les marchés ne semblent pas réagir autant que prévu aux nouvelles sur les droits de douane annoncés ces jours-ci pourrait être que les investisseurs sont devenus quelque peu insensibles à l’incertitude commerciale persistante. « La réaction aurait été différente si cela avait été la première fois que de telles nouvelles étaient annoncées », explique-t-il.

Parallèlement, comme la plupart des biens qui traversent la frontière entre les États-Unis et le Canada sont toujours visés par l’ACEUM, de nombreuses sociétés cotées en bourse seront à l’abri des nouveaux droits de douane.

Pour ce qui est des entreprises déjà touchées par les mesures tarifaires passées, M. Savoie souligne qu’il y a peu d’indications de répercussions importantes sur les bénéfices, qui sont le facteur clé pour déterminer si les marchés boursiers augmenteront ou reculeront. En fait, les bénéfices des sociétés au Canada devraient grimper de 28 % en 2026.

« Il s’agit de bénéfices extraordinairement élevés malgré les droits de douane, précise-t-il. J’aurais pensé que nous aurions déjà commencé à constater des dommages sur le plan des bénéfices des sociétés découlant de ces droits de douane, et cela ne s’est tout simplement pas concrétisé, soit parce que l’incidence n’est pas assez importante, soit parce qu’il y a tellement d’autres facteurs favorables qui sont beaucoup plus importants que les difficultés liées aux droits de douane. »

Différentes difficultés pour différents secteurs

Bien entendu, cela ne signifie pas qu’il n’y aura aucune incidence. Selon M. Savoie, même si de nombreuses sociétés ouvertes se sont révélées résilientes face aux droits de douane et à l’incertitude commerciale persistante au cours de la dernière année, certains secteurs pourraient être touchés si la dernière série de droits de douane demeure en vigueur.

Par exemple, les secteurs des plastiques et des produits du bois, de la machinerie électrique et des meubles sont parmi les plus touchés par les dernières mesures. Cela pourrait entraîner un ralentissement de la croissance au Québec, en Colombie-Britannique et en Ontario, en particulier7.

De façon plus générale, les biens touchés représentent environ 0,8 % du PIB du Canada et environ 5 % des exportations du pays, selon les estimations de Services économiques RBC. En supposant que les droits de douane et les contre-mesures du Canada qui entreront en vigueur le 8 septembre demeurent en place, cette situation pourrait faire grimper l’inflation d’environ 0,2 % à 0,3 % et faire fondre le PIB du Canada de 0,3 % à 0,5 %, selon RBC Gestion mondiale d’actifs. « C’est considérable, mais dans le contexte de l’économie en général, cela ne sera pas nécessairement quelque chose qui change la donne », précise M. Savoie.

Même avec ce type d’incidence, les marchés pourraient demeurer résilients, selon M. Savoie. Il estime que, si les droits de douane ont une incidence de 0,5 % sur l’économie et que la croissance des bénéfices est quatre ou cinq fois plus élevée que le PIB, les bénéfices des entreprises diminueront de seulement 1,5 %. « Ce n’est pas rien, mais lorsque vous parlez d’une croissance des bénéfices de plus de 10 %, les chiffres sont encore assez bons, même si vous les réduisez de quelques points de pourcentage », explique-t-il.

M. Savoie souligne que les répercussions économiques des droits de douane, s’ils demeurent en place, peuvent également être contrebalancées. Les revenus perçus par le gouvernement grâce aux droits de douane sur les importations américaines peuvent être réinvestis dans l’économie au moyen de subventions ou d’autres mesures de soutien aux entreprises et aux consommateurs qui font face à la hausse des coûts, ajoute-t-il.

Ce que les investisseurs devraient surveiller à partir de maintenant

Qui sait ce qui se passera ensuite! Mais pour l’instant, les investisseurs semblent adopter une approche attentiste. « Je pense que le plus grand risque pour le marché boursier est la mise en œuvre de toutes les principales menaces par les deux parties », affirme M. Savoie, notamment les droits de douane canadiens sur les biens américains qui devraient entrer en vigueur en septembre et les mesures supplémentaires des États-Unis contre les pièces automobiles canadiennes prévues pour janvier 2027.

L’idéal serait une atténuation des tensions, même si cela ne signifie pas la disparition complète des droits de douane, afin d’accroître la certitude pour les entreprises et les investisseurs. Cela pourrait se traduire par une réduction des droits de douane ou du nombre de biens touchés, ou même simplement des signes que les pourparlers autour de l’ACEUM progressent de façon positive.

La question de savoir si le marché réagira à d’autres nouvelles sur les droits de douane dépendra probablement de la manifestation du différend commercial dans les bénéfices des entreprises. « Si les effets des droits de douane commencent à se faire sentir sur les bénéfices ou les perspectives des sociétés, les investisseurs en prendront note, explique M. Savoie. Mais jusqu’ici, rien de tel ne s’est produit. »

  1. Ministère des Finances Canada, « Le Canada annonce des contre-mesures ciblées ainsi que des mesures importantes pour soutenir les travailleurs et les entreprises en réponse aux droits de douane américains », août 2026
  2. The White House, « Fact Sheet: Following Trade Deal Announcements, President Donald J. Trump Modifies the Scope of the Reciprocal Tariffs with Respect to Certain Agricultural Products » (en anglais seulement) « Fiche d’information : À la suite de l’annonce concernant les accords commerciaux, le président Donald J. Trump modifie la portée des tarifs douaniers réciproques à l’égard de certains produits agricoles » (traduction libre), novembre 2025
  3. Ministère des Finances Canada, « Le Canada annonce des contre-mesures ciblées ainsi que des mesures importantes pour soutenir les travailleurs et les entreprises en réponse aux droits de douane américains », août 2026
  4. AP, « Dow drops 1,600 as US stocks lead worldwide sell-off after Trump’s tariffs cause a COVID-like shock » (en anglais seulement) « Le Dow Jones recule de 1 600 points, car les actions américaines sont les plus visées par des ventes massives à l’échelle mondiale après que les droits de douane de Trump ont causé un choc semblable à celui causé par la COVID-19 » (traduction libre), avril 2025
  5. Reuters, « TSX posts biggest decline in five years on US tariff shock » (en anglais seulement) « Le TSX affiche la plus importante baisse en cinq ans en raison du choc attribuable aux droits de douane américains » (traduction libre), avril 2025
  6. Reuters, « Stocks flat as traders digest Fed comments, oil falls » (en anglais seulement) « Le cours des actions demeure stable, alors que les négociateurs digèrent les commentaires de la Fed, les prix du pétrole chutent » (traduction libre), juin 2026
  7. Services économiques RBC, « Le prochain chapitre de la guerre commerciale É.-U.-Canada : Ce que nous savons et ignorons des tarifs article 338 », août 2026

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