« C’est le nouveau casino » : Pourquoi les Gen Z misent sur le sport et marchés prédictifs
Rédigé par L'équipe Investisseur Inspiré
Publié le 9 septembre 2026
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Owen Dulong se souvient encore de sa fébrilité lorsqu’il s’est installé pour regarder le gala de l’UFC 300 en avril 2024. Lui et un ami avaient leur téléphone en main et faisaient leurs sélections avant que l’action ne commence. « J’ai misé sur 12 combats consécutifs, et j’ai gagné tous mes paris, précise-t-il. J’ai fait beaucoup d’argent. J’étais euphorique. »
Maintenant âgé de 25 ans, M. Dulong dit qu’il s’amuse à parier – habituellement de petits montants et souvent avec des amis en regardant un match. Certains de ses pairs voient les choses différemment. Pour eux, les paris sont des « coups sûrs » et une façon « d’investir son argent ».
Ce flou entre les paris et les placements imprègne toute sa génération. Selon un récent sondage de Betterment, une plateforme américaine de gestion de patrimoine et d’épargne, 26 % des investisseurs de la génération Z considèrent que les paris sportifs font partie de leur stratégie financière à long terme1. Parmi ce même groupe, au cours de la dernière année, 52 % ont misé dans des paris sportifs des fonds destinés initialement aux placements.
Le même phénomène se manifeste pour les marchés de prédiction, qui permettent de miser sur des résultats réels, comme des élections ou des remises de prix. Selon une étude de Northwestern Mutual, 32 % des adultes de la génération Z songeaient à participer aux paris sportifs ou aux marchés de prédiction, comparativement à 17 % des adultes américains dans l’ensemble2.
Jouer son va-tout
Selon les chercheurs, les jeunes se tournent vers des marchés plus risqués, entre autres, parce qu’ils estiment que c’est la seule façon d’atteindre leurs objectifs financiers. Certains amis de M. Dulong cadrent avec cette description. Ils n’ont aucun espoir d’accéder à la propriété, explique-t-il. Alors, ils préfèrent miser 100 $ dans le jeu.
L’étude de Northwestern Mutual corrobore cette opinion : parmi les répondants de la génération Z attirés par les actifs hautement spéculatifs, 80 % estiment qu’ils accusent un retard financier et que ces produits permettent d’atteindre plus rapidement leurs objectifs que les méthodes traditionnelles.
Samer Nusier, vice-président et premier directeur général des produits et stratégies chez RBC Placements en Direct, n’est pas surpris de ces chiffres. Selon lui, lorsque le chemin habituel vers la sécurité financière semble hors de portée, un pari plus risqué peut ressembler à une occasion. « Il y a au moins une cohorte de jeunes qui y voit un risque élevé pour un rendement élevé, estimant que c’est sa seule chance », explique-t-il.
Toujours à portée de main
Selon Jeffrey Derevensky, directeur du Centre international d’études sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes à l’Université McGill, les paris et les marchés de prédiction sont maintenant légaux et socialement plus acceptables; ils popularisent les actifs hautement spéculatifs. La stigmatisation des paris sportifs, par exemple, a beaucoup diminué au fil des ans. « Le jeu est devenu normal dans notre société, dit-il. Ce n’est plus un péché et un vice. »
Cette normalisation change la perception de certains jeunes, qui considèrent les paris non seulement comme du divertissement, mais aussi une occasion de gains financiers. Pour beaucoup, on peut parier presque n’importe où en quelques secondes, tandis que l’épargne ou les placements nécessitent de la patience et des cotisations régulières. Le bénéfice peut prendre des années à se concrétiser, ou c’est l’impression qu’on en a. « C’est le nouveau casino, explique M. Derevensky. La génération Z est à l’affût de rendements immédiats. »
Chaque jeu est un autre pari
Les paris sportifs attirent les jeunes générations; les parieurs croient s’y connaître et peuvent déjà suivre de près les joueurs, les blessures et les matchs. Cette familiarité peut faire paraître les paris sportifs moins risqués qu’ils ne le sont réellement.
« Les jeunes, en particulier les hommes qui suivent et pratiquent des sports, surestiment leurs connaissances et pensent pouvoir prédire l’issue d’un match ou une certaine performance », explique M. Derevensky.
Cette confiance peut être renforcée par les applications. Avant, un parieur faisait un choix et devait attendre la marque finale. Maintenant, les probabilités évoluent tout au long du match, ce qui multiplie les paris et laisse très peu de temps pour prendre conscience d’une perte. « En deux minutes ou moins, on peut lancer un autre pari pour se refaire », dit-il.
Pour M. Derevensky, le problème se pose quand on confond paris et planification du patrimoine. Un parieur peut gagner gros un certain soir, mais la probabilité à long terme avantage l’exploitant du jeu. Il fait la comparaison avec les actions à dividende et les autres placements structurés pour générer un rendement au fil du temps. « Les recherches montrent que moins de 10 % des adeptes des paris sportifs en tirent des gains financiers », précise-t-il.
Quand les paris ressemblent à des placements
Les marchés de prédiction ne sont pas encore aussi répandus au Canada qu’aux États-Unis, en partie parce que la réglementation canadienne limite les paris aux prévisions économiques ou environnementales et aux indicateurs financiers. En revanche, des sites américains, comme Kalshi et Polymarket, permettent de miser sur la politique, la culture et d’autres résultats réels en établissant des contrats événementiels, un emprunt au langage financier. Selon M. Nusier, ce langage permet aux sites de soutenir qu’ils offrent des produits financiers. « C’est une stratégie adaptée à la réglementation, dit-il. Il n’y a pas vraiment de lien avec les placements. »
Dans la vie, M. Dulong trace clairement la ligne entre paris et placements. Il peut parier pour pimenter un match, mais les fonds qu’il destine à l’épargne ou aux placements restent à part. « Je veille à investir les fonds que je [prévois] placer, dit-il. Je limite les paris au billet occasionnel de 20 $ que j’ai en surplus ».
- Betterment, « Betterment Retail Investor Survey 2026 » (en anglais seulement), « Sondage Betterment 2026 auprès des investisseurs particuliers » (traduction libre), août 2026
- Northwestern Mutual, « Americans’ Finances are Improving – But Some Still Feel Behind and Are Turning to Prediction Markets, Sports Betting and Crypto Up, According to Northwestern Mutual’s 2026 Planning & Progress Study » (en anglais seulement), « Les finances des Américains prennent du mieux, mais certains se sentent laissés pour compte et se tournent vers les marchés de prédiction, les paris sportifs et les cryptomonnaies pour se refaire, selon l’étude sur la planification et les progrès mené
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